IA générative en Europe : un tiers des citoyens l’utilisent déjà, mais à des vitesses très différentes

IA générative en Europe : un tiers des citoyens l’utilisent déjà, mais à des vitesses très différentes

L’intelligence artificielle s’installe dans les usages quotidiens des Européens, mais derrière la moyenne continentale se cachent des écarts profonds entre pays, générations et secteurs.

Panorama des usages : une progression rapide mais inégale

Selon Eurostat, en 2025, plus de 32 pour cent des Européens âgés de 16 à 74 ans déclarent avoir déjà utilisé un outil d’intelligence artificielle générative. Un seuil symbolique qui confirme que ces technologies ne relèvent plus de l’expérimentation marginale. Pour autant, cette moyenne masque de fortes disparités entre États membres.

Les pays nordiques dominent nettement le classement. Au Danemark et en Norvège, près d’un citoyen sur deux, voire davantage, a déjà recours à des outils capables de générer du texte, du code ou des images. À l’inverse, plusieurs pays situés aux marges de l’Union européenne peinent à dépasser le quart d’utilisateurs, certains restant sous la barre des 20 pour cent.

Le niveau de numérisation comme facteur clé

Ces écarts s’expliquent en grande partie par la maturité numérique des pays. Là où l’accès à Internet est généralisé et les usages digitaux déjà bien ancrés, l’IA trouve un terrain favorable. Les sociétés habituées aux services en ligne, portées par des écosystèmes innovants, adoptent plus rapidement ces nouveaux outils.

À l’opposé, les pays moins avancés dans leur transformation numérique cumulent plusieurs freins. Manque de sensibilisation, compétences informatiques limitées et méconnaissance des cas d’usage figurent parmi les obstacles les plus fréquemment observés.

Usages personnels et professionnels : un écart encore marqué

À l’échelle européenne, l’usage personnel domine largement. Environ un quart des citoyens utilisent l’IA dans leur vie quotidienne, que ce soit pour gagner du temps, résoudre des problèmes pratiques ou se divertir.

Les usages professionnels progressent plus lentement, autour de 15 pour cent en moyenne. Les grandes entreprises et certains secteurs spécialisés, comme l’information, la communication ou l’analyse de données, sont les plus avancés. Dans des pays très numérisés comme les Pays Bas, la frontière entre usages personnels et professionnels tend toutefois à s’estomper, signe d’une intégration plus homogène dans le monde du travail.

L’éducation face à une adoption encore timide

Le champ éducatif reste en retrait. À l’échelle de l’Union européenne, seules 9 pour cent des personnes interrogées déclarent utiliser l’IA dans un cadre formel d’apprentissage ou d’enseignement.

Quelques pays font figure d’exception. En Suède, près d’un habitant sur cinq affirme avoir recours à ces outils pour apprendre ou enseigner. À l’inverse, dans de nombreux États membres, la part d’utilisateurs reste inférieure à 1 pour cent, révélant l’ampleur du fossé numérique éducatif.

Les enseignants, révélateurs des contrastes nationaux

Les différences sont particulièrement visibles chez les enseignants du secondaire. Dans certains pays d’Europe centrale et orientale, plus de deux professeurs sur cinq déclarent utiliser régulièrement l’IA, notamment pour préparer leurs cours ou accompagner les élèves. Malte, la République tchèque ou la Roumanie se distinguent sur ce point.

La France apparaît plus en retrait, avec environ 14 pour cent d’enseignants utilisateurs, un niveau inférieur à la moyenne européenne. Ces écarts reflètent des différences d’équipement, de formation et d’ouverture vis à vis des nouvelles pratiques pédagogiques.

Formation en ligne et apprentissage autonome en progression

La diffusion des outils numériques favorise aussi l’apprentissage informel. Près de 16 pour cent des Européens ont suivi une formation en ligne facilitée par l’IA, tandis que 17 pour cent ont déjà interagi virtuellement avec des enseignants ou d’autres apprenants via des plateformes spécialisées.

Les cours personnalisés, exercices automatisés et outils de correction intelligente se développent plus rapidement dans les pays où les systèmes éducatifs sont déjà fortement numérisés.

Freins persistants et rôle des politiques publiques

Malgré cette dynamique, les réticences restent nombreuses. Beaucoup d’Européens hésitent encore par manque d’informations sur les usages réels de l’IA ou par absence de compétences techniques. Les inquiétudes liées à la confidentialité des données et à la sécurité des échanges pèsent également sur l’adoption, en particulier dans les contextes professionnels sensibles.

Les pouvoirs publics tentent d’y répondre par des programmes de formation, des ateliers et des ressources pédagogiques. Mais, à long terme, la culture numérique d’une société demeure le levier décisif. Là où l’expérimentation technologique est déjà une habitude, l’IA s’impose naturellement comme un outil du quotidien.