Atos veut confirmer son rebond en 2026

Atos veut confirmer son rebond en 2026

Les indicateurs financiers provisoires d’Atos ont confirmé son redressement en 2025. Après trois années de crise profonde et une séquence de sauvetage sous haute tension, le groupe de services informatiques semble avoir tourné la page de l’urgence. Discipline financière restaurée, activité commerciale en reprise, trésorerie redressée : malgré un chiffre d’affaires encore en repli, le scénario d’un retour à la croissance en 2026 s’installe progressivement comme une hypothèse crédible.

Accélération commerciale : des contrats structurants

La fin d’année 2025 a marqué une nette reprise de l’activité commerciale du groupe, au-delà de simples annonces de façade. Dans le secteur du sport par exemple, la Confédération sud-américaine de football (CONMEBOL) a retenu Atos comme partenaire officiel de l’innovation pour ses compétitions de clubs. Le contrat porte notamment sur la conception de nouveaux sites et applications destinés à améliorer l’expérience numérique des supporters. Le secteur public constitue un autre pilier de la dynamique commerciale d’Atos. En Espagne, l’entreprise a été sélectionnée par la mairie de Madrid pour assurer l’évolution et la maintenance de sa plateforme d’intelligence artificielle, dans le cadre de l’initiative de Madrid en matière d’IA (MAIA). Ce programme pluriannuel est axé sur l’efficacité des services municipaux, la responsabilité et l’éthique des usages de l’IA.

En France, le groupe informatique a également vu reconduit son contrat de support et de maintenance des systèmes d’information des lycées publics et agricoles d’Auvergne-Rhône-Alpes, un dispositif couvrant plus de 300 établissements. Dans un contexte où la cybersécurité est redevenue un critère déterminant dans les appels d’offres, Atos renforce aussi sa visibilité sur ce segment. L’ESN a inauguré un nouveau centre d’opérations de sécurité à Séville, venant compléter son réseau mondial de SOC interconnectés. Surtout, Atos a remporté un contrat majeur auprès de la Commission européenne, dans le cadre du dispositif CLOUD II, pour des services d’exploitation technique en cybersécurité pouvant atteindre 326 millions d’euros.

Des distinctions qui appuient la crédibilité d’Atos

Parallèlement à cet élan commercial, Atos accumule depuis janvier plusieurs reconnaissances qui jouent un rôle clé dans sa crédibilité, tant auprès des clients que des investisseurs. Le groupe a été désigné leader en Europe dans le Provider Lens d’ISG consacré aux services de gestion d’applications pilotés par l’intelligence artificielle et à l’externalisation du développement, aux côtés d’acteurs de référence comme Accenture, Capgemini et Deloitte. ISG a également positionné Atos comme leader dans son rapport 2025 sur les services d’analytique avancée et d’intelligence artificielle en Europe et aux États-Unis, en mettant en avant sa capacité à industrialiser l’IA via sa plateforme Polaris AI et son approche « AI Factory ».

De plus, ISG a classé Atos parmi les leaders européens en matière de durabilité des solutions et services informatiques, un critère devenu déterminant dans de nombreux processus d’achat. Autre signal marquant, le groupe a obtenu le label Scopism SIAM Assured à la fois comme fournisseur de services SIAM et comme cabinet de conseil SIAM, une double accréditation présentée comme une première mondiale. Cette reconnaissance renforce l’argumentaire d’Atos sur la gouvernance et l’intégration des services dans des environnements multi-fournisseurs, un enjeu stratégique pour les grandes organisations.

Des indicateurs financiers 2025 qui rassurent

Ces succès commerciaux et ces distinctions s’inscrivent dans une trajectoire financière qu’Atos juge désormais stabilisée. Le 21 janvier, le groupe a publié ses indicateurs provisoires pour 2025 et adopté un discours résolument plus confiant. « Atos est sauvé aujourd’hui, ce n’est plus un sujet », a déclaré le président-directeur général, Philippe Salle. Sur l’ensemble de l’exercice, l’entreprise anticipe un chiffre d’affaires d’environ 8 milliards d’euros, conforme aux objectifs révisés à l’automne, mais en recul de 13,8 % par rapport à 2024. Atos met toutefois l’accent sur l’évolution du rythme de décroissance.

Après trois trimestres de forte contraction, comprise entre –15 % et –20 %, la baisse des revenus s’est limitée à 9 % au quatrième trimestre. Selon Philippe Salle, « ce ralentissement marque un point d’inflexion ». Le repli n’a pas disparu, mais le trou d’air se comble progressivement, dans un groupe encore convalescent après plusieurs crises successives. La publication financière a d’ailleurs été favorablement accueillie par les marchés, avec un bond de 7 % du titre Atos à la Bourse de Paris le jour de l’annonce.

Commandes, marge et liquidité : les trois piliers du rebond

Atos fonde désormais son scénario de redressement sur trois indicateurs clés. Premier levier, la dynamique commerciale. Les prises de commandes atteignent 2,4 milliards d’euros au quatrième trimestre 2025, soit un taux de couverture de 122 %, en forte progression par rapport au trimestre précédent où il n’était que de 66%. Ce ratio, particulièrement suivi dans les services numériques, alimente l’idée d’un retour progressif de la confiance des clients et d’une reconstitution du pipeline commercial. Deuxième pilier, la rentabilité opérationnelle. Atos vise une marge opérationnelle de plus de 340 millions d’euros (soit plus de 4 % en 2025). [MD1] Le niveau reste modeste à l’échelle du secteur, mais il traduit une normalisation après une période durant laquelle la priorité était avant tout d’éviter l’accident industriel et financier. Le groupe met en avant une discipline financière retrouvée, fruit d’un recentrage sur les contrats, d’un tri dans les activités et d’une réorganisation de grande ampleur engagée en mai dernier.

Troisième paramètre, la liquidité. Fin décembre 2025, le groupe indique disposer de 1,7 milliard d’euros de trésorerie. Si ce montant recule d’environ 327 millions d’euros par rapport à fin 2024,[MD2] hors impact du taux de change et des avances clients non sollicitées, il demeure supérieur aux objectifs fixés dans la documentation financière. « Nous sommes 1 milliard au-dessus du seuil minimum qui nous avait été demandé, à savoir 650 millions d’euros », souligne Philippe Salle. La direction précise en outre que cette performance a été réalisée sans recours à l’affacturage de créances ni optimisation exceptionnelle des dettes fournisseurs, et qu’elle intègre un impact de restructuration estimé à 431 millions d’euros.

Une restructuration lourde, assumée et désormais tournée vers la croissance

Ces résultats sont indissociables du vaste chantier interne engagé depuis le printemps dernier. Dans le cadre du plan de restructuration Genesis, Atos a supprimé environ 15 000 postes, ramenant ses effectifs de 78 000 à 63 000 salariés. Le groupe a également réduit son empreinte géographique, mis fin à certains contrats jugés insuffisamment rentables et engagé une réorganisation destinée à clarifier ses métiers et à restaurer la profitabilité. Le contexte de marché demeure pourtant exigeant. Le secteur des services numériques reste atone, notamment en France. Atos affirme toutefois être moins exposé au cycle hexagonal et mise sur la montée en puissance de ses offres en intelligence artificielle, data, cybersécurité et services managés, des segments portés par une demande structurelle.

À court terme, plusieurs dossiers structurants restent ouverts, à commencer par la cession de l’activité Advanced Computing – les supercalculateurs – à l’Agence des participations de l’État pour un montant de 410 millions d’euros, attendue fin mars. Le groupe poursuit également ses sorties de certains pays, notamment en Amérique latine, et doit gérer plusieurs dossiers sensibles susceptibles de peser sur sa liquidité. Mais le message envoyé fin janvier est sans ambiguïté. Atos cherche à reprendre la main sur son narratif. Après avoir longtemps été perçu comme un groupe en sursis, il s’emploie à redevenir un acteur incontournable de l’informatique.