Après des mois de tensions feutrées, CNN passe à l’offensive et accuse Perplexity d’avoir bâti une partie de son succès sur des milliers de contenus journalistiques utilisés sans autorisation.
CNN porte l’affrontement avec l’IA devant les tribunaux
Le conflit entre les éditeurs de presse et les acteurs de l’intelligence artificielle franchit une nouvelle étape. Début 2026, la chaîne américaine CNN a déposé une plainte devant un tribunal fédéral de New York contre Perplexity, qu’elle accuse d’avoir exploité sans autorisation plus de 17 000 contenus issus de sa rédaction.
Selon CNN, les articles, photographies et vidéos produits par ses journalistes auraient servi à alimenter les systèmes d’IA de Perplexity, aussi bien pour l’entraînement des modèles que pour la génération de réponses destinées aux utilisateurs. La chaîne estime que cette pratique fragilise directement son modèle économique, largement fondé sur la valeur de ses contenus éditoriaux et sur ses offres d’abonnement.
CNN précise ne pas être opposée à l’innovation dans l’intelligence artificielle. En revanche, le groupe considère que l’utilisation massive de ses productions sans accord commercial ni rémunération constitue une appropriation injustifiée de son travail journalistique.
Perplexity s’appuie sur la distinction entre faits et droit d’auteur
Face à ces accusations, Perplexity adopte une ligne de défense déjà utilisée par plusieurs entreprises du secteur. La société affirme qu’il est impossible de revendiquer un droit d’auteur sur des faits.
L’argument repose sur un principe bien établi du droit américain : les faits, les événements ou les données brutes ne sont pas protégés par le copyright. Seuls la manière de les raconter, leur organisation, leur mise en perspective et le travail éditorial original peuvent bénéficier d’une protection juridique.
Perplexity soutient ainsi que ses réponses s’appuient sur des informations factuelles et non sur une reproduction directe des œuvres journalistiques de CNN. Une position qui pourrait toutefois être difficile à défendre si les tribunaux estiment que les contenus générés reprennent trop fidèlement la structure, le style ou des passages substantiels des articles originaux.
Des médias partagés entre procès et accords de licence
L’action engagée par CNN intervient alors que les relations entre médias et entreprises d’IA suivent deux trajectoires distinctes.
D’un côté, plusieurs éditeurs ont choisi la voie judiciaire afin de contester l’utilisation de leurs contenus. De l’autre, certains groupes de presse préfèrent conclure des accords de licence rémunérés avec les acteurs de l’IA afin d’encadrer l’exploitation de leurs productions.
CNN elle-même a déjà signé des partenariats avec d’autres entreprises technologiques pour autoriser, sous certaines conditions, l’utilisation de ses contenus dans des systèmes d’intelligence artificielle. La plainte contre Perplexity ne remet donc pas en cause le principe de collaboration entre médias et IA, mais vise plutôt l’absence d’autorisation préalable.
Une affaire susceptible de faire jurisprudence
L’enjeu dépasse largement les deux entreprises concernées. Le dossier pourrait contribuer à définir les limites juridiques de l’utilisation des contenus de presse par les modèles d’intelligence artificielle.
Pour les éditeurs, la question n’est pas tant de savoir si les faits peuvent être réutilisés que de déterminer jusqu’où une IA peut exploiter le travail journalistique qui les met en forme. Les rédactions considèrent que leur valeur réside précisément dans cette contextualisation, cette hiérarchisation et cette analyse de l’information.
À ce jour, aucun grand média américain n’a obtenu de victoire décisive devant les tribunaux sur cette question spécifique. C’est pourquoi la procédure engagée par CNN est suivie de près par l’ensemble de l’industrie des médias, mais aussi par les entreprises d’IA qui dépendent largement de contenus produits par des tiers.
Un procès qui pourrait redéfinir l’économie de l’information
Au-delà de l’aspect juridique, l’affaire illustre les tensions croissantes entre producteurs de contenus et plateformes d’intelligence artificielle. Alors que les outils conversationnels deviennent une porte d’entrée privilégiée vers l’information, les éditeurs cherchent à préserver la valeur économique de leurs contenus.
Les futures décisions de justice pourraient influencer durablement les conditions de partage, de rémunération et d’accès aux contenus journalistiques. Elles détermineront aussi, en partie, l’équilibre qui s’installera entre les médias traditionnels et les nouveaux intermédiaires de l’information alimentés par l’IA.
